Editions Volopress : la collection Toponeige, l'actualité du ski de rando, les infos montagne et neige dans les Alpes.
Matériel

Chaussures skirando : du neuf, enfin !

mardi 11 janvier 2011 par SHAHSHAHANI Volodia

Dans un article précédent j’écrivais : "La chaussure reste le mouton noir de notre panoplie". Les choses ont bien changé. Il y eut d’abord la xp500 de Pierre Gignoux dont j’ai publié un essai en 2007. Cette chaussure (aujourd’hui xp444) non distribuée en magasin, connait un succès grandissant chez les compétiteurs et aussi au-delà.

En 2010, l’offre de chaussures proposées en magasin de sports s’est considérablement élargie. Je ne retiens ici que les chaussures légères, ne dépassant pas (ou de très peu) le poids de 2kg/paire.

J’ai essayé sur le terrain certaines de ces chaussures et les autres de façon prolongée en magasin, ce qui a toujours été pour moi suffisant. Sur le terrain on voit de nouvelles choses, on s’adapte aux qualité et défauts, mais sur le fond, l’impression reste la même pour les deux critères principaux : la mobilité en montée et la rigidité frontale en descente. Le petit test (avec son tableau) doit être lu avec les mêmes réserves que le précédent. Je suis un skieur de 65 kilos et de 65 ans skiant avec des skis semi-légers (entre 2 et 2,5 kg/paire). Les sensations peuvent varier de façon importante pour d’autres utilisateurs. Enfin, le chaussant reste déterminant dans le choix de la chaussure.

Les notes sont relatives. Je mets 10/10 à celle qui vient en tête (descente ou montée). Un écart d’un point est peu significatif. A deux points les sensations sont franches.

C-dessous les modèles nouveaux qui ont retenu mon attention et auxquels j’ajoute la XP500 et deux modèles cités dans le test de 2006 (Scarpa Laser et Dynafit T4 race) pour comparer les évolutions.

Toutes ces chaussures ont été pesées en taille 40 (mondo 26) et sont équipées de chaussons thermo légers (250 à 300 gr/paire). Nous donnons un PMC (prix moyen constaté).

1. chaussures compétition

GIGNOUX XPMountain
SPORTIVA stratos
SCARPA F1 carbon
DYNAFIT Dyna

- Pour la Gignoux le poids de la xp444 mountain, à semelle vibram ( sans pare-pierre) est de 1360gr/paire alors que mon essai terrain s’est fait avec la xp 500 mountain pesée sur la même balance à 1420 gr. Prix de la xp 444 : 1330 euros en commande chez le fabricant.

Les trois autres chaussures de compétition apparues en 2009 et 2010 sont :

- laSportiva stratos, tout carbone à 1480gr/paire en 26. PMC, 1500 euros

- la Scarpa F1 carbon collier et renforts carbone sur sabot platsique à 1800gr/paire en 26. PMC, 800 euros.

- la Dynafit Dyna, collier carbone sur sabot plastique, 1820 gr/paire en 26. PMC 950 euros.

2. Chaussures GT (grand tourisme)

Pour la saison 2010-2011, Dynafit et Garmont proposent deux chaussures nouvelles, chacune en deux versions.

DYNAFIT TLT5 performance
GARMONT Masterlite

Dynafit TLT5 Performance (jaune) avec collier carbone et un système de deux languettes, l’une semi-rigide et fixe, l’autre rigide et amovible : 2040 gr/paire en 26 (plus 130gr/paire de languettes amovibles à mettre - ou non, voir test - pour la descente). Le collier de la version TLT5 Mountain (vert) est en plastique et est en général proposé avec un chausson classique, alourdissant l’ensemble. (Le poids des coques seules est cependant équivalent.)

Garmont Master light (bleue translucide) 2160gr/paire en 26. Le principe de fermeture se distingue de tous les autres : c’est la formule portefeuille déclinée des chaussures de piste. La Garmont Light Rider (orange translucide) adopte le même système, est un peu plus rigide mais plus lourde avec un chausson classique et non thermo : à plus de 2,5kg/paire elle n’est pas retenue dans cet inventaire du "light".


\"\"


Commentaires.

MARCHE. Sans surprise les quatre chaussures de compétition ont un débattement avant-arrière quasi parfait. Je laisse aux coureurs le soin de dire leur préférence. La Masterlite est pénalisée par son système portefeuille sans en retirer un gain important en descente. La TLT5 avec la languette fixe (semi-rigide) n’est pas l’égale à la montée des chaussures de compétition et même un peu en-dessous d’une Laser sans languette (mais avec une membrane d’étanchéïté, solution à laquelle j’ai recouru pendant dix ans).

MANIP. On ne parle pas ici du chaussage : celui-ci exige un petit apprentissage et quelques précautions sur les trois modèles compet’ à levier (xp, stratos, F1) et sur la Dyna (crochet haut verrouillant et serrant à la fois).

- Pour les manip. montée/descente ou descente/montée, ces quatre modèles sont parfaits. Les réglages de montée ne sont pas à reprendre pour la descente. Même remarque pour la TLT5, si on n’utilise pas la languette rigide additionnelle (tout à fait possible, voir la note ski très honorable dans cette configuration).

- Sur la Masterlite, il faut au moins serrer la boucle supérieure et actionner le levier ski-marche.

- Sur la TLT 5, sans languette à la montée, il faut ouvrir la bride plus les deux crochets et enfiler la languette dans son logement. A l’usage, c’est plus facile que ce qu’on peut imaginer.

- Sur la Laser, toujours en vente dans certains magasins, il faut serrer deux crochets, plus la bride, et actionner le levier ski-marche. Si l’on veut ajouter la languette c’est un peu comme sur la TLT5 en plus compliqué.

- Le verrouillage descente de la TLT4 Race était très problématique avec ses deux ergots…et ceux-ci pouvaient gêner à la montée.

SKI. Comme déjà dit souvent je retiens comme critère principal la rigidité vers l’avant.

- Bien que ne l’ayant essayée qu’en magasin, j’ai été déçu par la Stratos , moins rigide que la XP alors qu’elle en reprend le principe à la lettre. Idem pour F1 et Dyna, encore plus molles. Il faut savoir qu’avant l’apparition de la XP de Gignoux, les compétiteurs de haut niveau utilisaient des chaussures molles - Dynafit et Scarpa F1 race - et skiaient donc en recul en appui sur les spoilers. " Cette façon de skier a même eu pour conséquence, explique Sebastien Sxay (compétiteur de bon niveau et conseiller-vendeur à "Espace Montagne"), que les fabricants ont nettement durci le talon sur leurs skis de compétition". Est-ce pour éviter de les dépayser que Gignoux a inclus un amortisseur réglable dans le levier de la XP 444 ?

- Dans la catégorie "Grand Tourisme", la Masterlite reste molle malgré le portefeuille. En revanche la TLT5 est digne de tous les éloges. Déjà très correcte avec la languette fixe, elle fait jeu égal ( à mes pieds en tout cas) avec la XP quand on insère la languette rigide. La TLT5 est près du pied - le mien en tout cas : large à l’avant, serrée au talon et à la cheville.

ETANCHEITE.

- J’ai mis la note zéro aux trois chaussures de course à levier, xp, stratos, F1. Il ne sert à rien de mettre un bout de tissu sur l’avant tant qu’à l’arrière l’articulation collier-sabot laisse un trou béant pour l’entrée de liquide. Avec une combine de course ou une petite guêtre, ça passe encore en compétition et/ou en neige sèche. On ne peut que déplorer ici le laxisme du règlement ISMF qui autorise cette lacune (ou encore des semelles en mousse fragiles et qui bottent) alors qu’il est rigoriste là où cela ne s’impose pas (limites de poids). Bien qu’ayant sa logique propre, la compétition devrait pour le moins permettre de mettre au point des matériels déclinables pour la rando, notamment dans le domaine de la sécurité.

- La Dyna, pas plus lourde que la F1, a résolu ce problème et c’est aussi le cas pour les modèles GT, Masterlite et TLT5, que l’on mette ou non la languette rigide. J’ai mis la note 2.

- Les vieilles Laser et TLT4 Race sans languettes : pas de pb à l’arrière à la jonction sabot-collier mais soufflet bricolé à l’avant : j’ai donc mis 1.

Conclusion (provisoire).

- J’avais été (et le suis toujours) enthousiasmé par la XP Gignoux. Je le suis à nouveau par la TLT 5 de Dynafit. Elle est plus lourde de 600gr/paire mais étanche et plus près de mon pied, d’où gain de précision dans certains cas. C’est une chaussure complète et modulable. Le débattement limité à la montée n’est pénalisant que pour les athlètes aux longues foulées. Pour les autres (dont je suis) c’est suffisant. Elle est étanche et très précise à la descente.

- Le prix de la TLT 5 P, en hausse par rapport aux chaussures classiques, reste très en-dessous dEs modèles courses. Comparée à la Dyna, la TLT5 permet de s’offrir la peau et une tlt speed pour le prix de sa grande sœur.

A surveiller.

- Le chaussant : l’étroitesse à l’arrière ne conviendra pas à tous les pieds. Le chausson thermo, très mince, ne donnera pas beaucoup de place supplémentaire après son passage au four.
- La résistance. RAS après 10 km D+/-, mais qu’en sera-t-il de certaines pièces souvent manipulées ?
- La rigidité, que je plébiscite, le sera-t-elle par des skieurs plus lourds ou puissants ?


Messages et Commentaires ...
  • 11 janvier 2011 MLF - Précision TLT5 Performance ?

    Bien comme article... Bonne comparaison de ce qui se fait en ce moment. Par contre qu’en est t’il des languettes sur la TLT5 Performance, tu n’en parles pas trop ? Tu les mets en descente ? Est ce que cela apporte un grand avantage ? ou pas nécessaire ? Sans les mettre à la descente, l’étanchéité est il OK ? Chaussures bien attirante, mais pour moi, c’est quand même une contrainte la languette dans le sac à dos (déformation dans le temps ?, perte,...) et contrainte de pose avec gros vent et froid. Merci d’apporter + de précision.

  • 11 janvier 2011 VSH - languette

    - j’ai commencé à skier sans la languette additionnelle et me suis dit que je ne la prendrai peut-être jamais car le coup de la languette qu’on ajoute je le pratiquais depuis plus de 20 ans et avec la xp je me suis dit "plus jamais".

    - et puis par curiosité je l’ai emportée et à la descente c’est un plus surtout en resserrant bien la bride velcro.

    - mais comme sans l’utiliser on skie très bien, je pense que l’utilisation dépendra du type de course. aller-retour avec pause sommet = avec. enchaînement avec nombreuses manip = sans.

    - étanchéïté : ça ne change rien. la partie souple de la languette fixe monte assez haut et plaque bien.

  • 12 janvier 2011 LTA - TLT5

    Encore une fois un comparatif rondement mené et qui permet de visualiser rapidement les caractéristiques des modèles légers, à mon sens les plus appropriés à la rando.
    Utilisant la Scarpa Laser depuis 2001, je viens de remplacer ma dernière paire qui était dans un état lamentable. Mon cahier des charges était le suivant :
    1- ne pas perdre en skiabilité
    2- ne pas perdre en confort de montée
    3- ne pas me ruiner
    4- gagner au moins 500 grammes par paire par rapport à mes Scarpa
    Dès le départ, mon regard s’est tourné vers la TLT5 Performance mais devant la différence de prix avec la TLT5 Mountain (avec chausson thermo mais un peu plus lourd que celui de la TLT5 P), il était tentant de se contenter de la seconde.
    Et j’ai finalement acquis la TLT5 M (2200 g en 26,0 sans languette, balance maison). Je n’ai pas de point de comparaison avec la TLT5 P mais ce que je peux dire sur le terrain, après une dizaine de sorties en neiges variées, c’est que mes 4 critères sont remplis. Il y a deux autres avantages par rapport à une Laser : facilité pour retirer et mettre la languette (la laisser s’échapper dans une pente en neige dure aussi !), rapidité de passage montée-descente (un crochet en moins, un crochet pré-réglé et verrouillage montée=>descente se faisant automatiquement) : 2 manips et demi contre 5 pour la Laser c’est donc deux fois plus rapide. En résumé, pour quelqu’un comme moi qui ne fait pas de compétition mais qui a besoin d’un modèle relativement léger pour les grosses bambées, confortable à la montée et assez précis en descente, la TLT5 M semble d’un excellent rapport qualité/prix.

  • 12 janvier 2011 VSH - IE8 PC

    ou avec d’autres IE il semble que le tableau ne s’affiche pas.

    utilisez firefox (pc-mac) ou safari (mac)

  • 12 janvier 2011 Frédéric Bunoz - XP / Stratos

    La différence en rigidité de la Stratos par rapport à la XP, provient à mon avis de la différence de hauteur de la "languette" d’appui tibial : il est 3cm moins haut sur la Stratos.

    L’amortisseur de la XP permet aussi d’avoir une chaussure moins rigide (pour ceux qui la trouve trop rigide), et peut être de ralentir l’usure de l’axe du collier.

    pour l’image sur IE, il doit suffire d’enlever les guillemets en trop sur les dimensions de l’image ;-)

  • 19 janvier 2011 stephane Mougin - La XP444 en action

    Salut Volodia,
    Quelques images de la XP444 en action ici. Pas pris le temps de monter completement le petit clip, mais bon avec un peu de patience on voit des choses... (Débattement AV/AR, Travail du levier dynamique ... )
    voir ici

    A+,
    Steph

  • 21 janvier 2011 VSH - Skier c’est marcher

    Salut Stephane.

    - merci pour cette video mais on aurait apprécié quelques commentaires.

    - incidemment les prises de vue au ras de la neige ont réveillé quelques souvenirs sur une étude dont j’avais rendu compte en 1987.

  • 28 janvier 2011 steph Mougin - Skier c’est marcher ...

    J’ai monté d’autres images un peu plus clean
    Je laisse les experts de la biomécanique analyser tout ça plus finement, mais effectivement vu sous cet angle tout ça paraît bien naturel finalement. Ne devrait-on pas simplement en conclure que la XP444 est optimisée pour respecter l’essence du geste...

  • 25 décembre 2011 txomin OLAIZOLA - Chaussures 2011

    Le 25 décembre 2011 12:04, <txominola@aol.com> a écrit :

    Bonjour. Je viens de découvrir vos essais sur les chaussures. Je me trouve
    pointilleux mais, je m’incline devant vous, chapeau bas.
    Alors je fais dans mon petit coin du pays Basque q.qs essais pour
    remplacer mes Laser. J’ai essayé les Maestrale et autres Scarpa, les
    Garmont Hélix, j’ai acheté des Masterlite et j’ai essayé les TLT5 M.
    J’ai revendu les Masterlite, top au pied mais trés mou en appui arriére.
    Dommage car le flex avant en trés bon. J’ai repris des ... Laser, 40€
    sur leboncoin. Comme celles que j’ai, je vais changer la languette pour
    une + rigide, repércer la tige pour + d’inclinaison et l’équiper d’un
    chausson Palau.
    j’ai plusieurs questions :
    - est ce que quand vous écrivez que vous montez sans languette, est ce
    que vous la remettez pour la descente ?

    - si oui, avez vous adaptez un
    systéme pour l’ôter et la remettre facilement ?

    - vous dites aussi que vous avez crée un soufflet d’étanchéité.
    Comment avez vous procédez ?

    C’est tout pour aujoud’hui.
    Merci et encore chapeau pour votre chronique. Faire des essais c’est bien,
    mais les partager c’est encore mieux.
    Je bricole aussi sur les fixs TLT. J’interviens sur skitour avec le pseudo
    txom.
    Agur bero bat

  • 25 décembre 2011 VSH - modif laser

    Bonjour txom

    - à 40€ la laser reste un bon choix. je n’en ai plus depuis que j’ai une tlt5P.

    - quand j’en avais une, je skiais assez souvent SANS la languette, la réservant surtout pour la neige croutée ou les jours de "gros sac".

    - pour faciliter la manip AVEC/SANS, il faut chauffer un peu la petite butée et la soulever un peu mais pas trop. Elle a en effet une double fonction : empêcher la languette de glisser vers l’avant mais aussi vers l’arrière (la petite encoche dessous).

    - pour le "soufflet" : juste un bout de tissu neoprene que j’’avais fait coller par un cordonnier mais on peut le faire soi-même.

    - pour l’inclinaison, je n’y avais pas touché car j’apprécie les chaussures peu inclinées (pour mieux me reposer). Mais je pense que d’autres l’ont fait. Il me semble que stef moulin avait pas mal bricolé (et allégé) ses laser. S’il nous lit ?

    Bon bricolage et bon ski !

  • 28 décembre 2011 Steph Mougin - Modif Laser

    J’avais effectivement modifié de manière assez radicale mes Laser en 2006 pour faire ma première saison de compèt. But de la manip : Alléger au max. La languette et le crochet du bas avait été démontés. Des trous de partout dans le Pebax pour alléger (mais aussi ramollir la chaussure :( ) Un chausson thermo (Palau ou similaire), un système d’étanchéité avec une toile cirée noire collée à la place de languette, plus un peu de ponçage aux endroits ou le plastique me semblait trop épais. Ah j’oubliais : Ponçage en règle de la semelle vibram pour enlever la matière qui ne sert pas...
    Bref un vrai proto.
    Verdict : 1.1kg par pied ce qui à l’époque était pas loin de ce qui se faisait de mieux (en terme de poids j’entends). Côté rigidité, là c’était un peu la misère, mais pas pire qu’une F1 de l’époque finalement.

    Maintenant tant qu’à bricoler, y a des matériaux composites sympa ... Faut du temps (beaucoup), mais ça vaut le coup et on s’amuse bien :)
    Petite réalisation perso pour ma fille ici : http://youtu.be/URG8k3h6n4k


Proposer un commentaire

accueil | espace privé | site sous SPIP