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Matériel

Chaussures rando : test perso-historique

dimanche 29 octobre 2006 par SHAHSHAHANI Volodia

Pour répondre à Tom et à quelques autres je mets en ligne un petit article en stock que j’attendais de compléter/améliorer. Comme il répond déjà à quelques interrogations, le voici sans tarder.

Qu’y a -t-il de commun entre un test skis et un test chaussures ?

Réponse : rien.
Quand on prend un ski en mains les seules infos qu’on ait concernent la deco, le prix, la géométrie. Il ne sert en général à rien de le palper. Les souplesses n’ont d’intérêt que dans leur interaction avec la structure, voire la géométrie. Les tests de terrain eux-mêmes sont très difficles à réaliser pour le ski de montagne. Seules quelques neiges ou situations critiques permettent de les départager.

Essayer une chaussure de ski de rando ?

Réponse : facile. Il suffit d’aller en magasin et de mettre son pied dedans.

- venir avec la chaussette qu’on utilisera ainsi que les semelles. Important parcequ’un changement de hauteur/épaisseur peut créer des douleurs (par exemple au niveau des malléoles)
- est-ce que ça marche avec les chaussons thermoformables ? Réponse : oui. Une fois thermoformé, les volumes sont respectés, ce sera juste un peu plus confortable.

Critères d’appréciation.

- le chaussant : il existe heureusement aujourd’hui plusieurs modèles lowtech-compatibles, du large à l’étroit, chez Scrapa, Dynafit, Garmont. En tout une bonne dizaine de modèles.

- mobilité montée. Elle est limitée sur les modèles du marché, qui ont tous une languette, (à l’exception de Scarpa F1 race et partiellement sur Dynafit Race à languette souple). Pour améliorer le confort de marche, il faut retirer les languettes (c’est ce que je fais, en les amettant quelquefois dans le sac en cas de grosse croûte).

- rigidité latérale. Elle m’a toujours paru suffisante y compris sur les pantoufles (type Dynafit tech 3 ou 4) et même sur les coques plastique d’alpinisme. Le ski somme toute très agricole que nous pratiquons est loin d’avoir les mêmes exigences de précision que le slalom ou le géant.

- rigidités frontales. En ski de montagne, pour un skieur bien équilibré, elles ne sont pas essentielles sur les neiges dures (y compris en pente raide). Elles prennent toute leur importance dans les neiges irrégulières ou les terrains accidentés exigeant des mouvements avant-arrière. Pour la rigidité vers l’arrière, même réponse que pour la rigidité latérale : elle est suffisante sur tous les modèles.
Reste donc le plus important et ce qu’il faudra examiner lors de l’essai, la rigidité (ou flex) vers l’avant.
En ski de montagne l’appui frontal est important, c’est une position de récupération. Tester le confort dans un appui forcé, voire violent. Ensuite apprécier la nature de la retenue : très ferme avec rupture brutale ou moins ferme mais progressive. Ces appréciations seront très personnelles et dépendront pour partie de la longueur de la jambe, de la force et du poids du skieur. Pour ma part je privilégie la progressivité à la retenue pour ne pas risquer d’être surpris (de la même manière que je préfère conduire une auto survireuse que je puisse mettre assez vite en glissade plutôt qu’une neutre virant efficacement sur des rails, mais décrochant brutalement. Question de goût, voire de philosophie du rapport homme-machine).

Commentaires sur mon test historico-générique (voir tableau)

Les chaussures que j’ai le plus utilisées depuis trente ans.

De 1977 à 1984 : Scott 1 boucle (hors de prix mais géniale)

De 1984 à 1988 : salomon sx 60 lady (piquées à ma femme)

De 1988 à 2000 : Dynafit tech 3 (y’avait que ça en low tech)

Depuis 2000 : Laser Scarpa (on se fait vieux, faut un peu de tenue)

Les notes sont relatives. Je mets 10/10 à celle qui vient en tête (descente ou montée). Un écart d’un point est peu significatif. A deux points les sensations sont franches.

marque modèle poids (gr) dont thermo (gr) taille desc. /10 mont. /10
SCARPA LASER avec languette 2870 400 40 10 1
SCARPA F1 avec languette 2620 400 40 9 5
SCOTT 1 boucle sans vibram 2050 40 9 4
SCARPA LASER sans languette 2670 400 40 8 7
SALOMON SX 60 lady sans vibram 2500 40 8 1
DYNAFIT tech 4 race sans languette 2180 400 40 5 9
DYNAFIT tech 4 race avec languette 2290 400 40 5 5
DYNAFIT TECH 3 avec languette 2380 400 40 3 3
SCARPA F1 race sans languette 2200 400 40 2 10
DYNAFIT TECH 3 sans languette 2250 400 40 1 9

La chaussure reste le mouton noir de notre panoplie.
Comme on peut le voir dans le tableau, il n’y a pas eu de progrès significatif (jugé par mes pieds en tous cas) dans le rapport poids-performance depuis trente ans. Il y a l’embarras du choix pour des skis peu encombrants assez légers, polyvalents et à des prix abordables si l’on sait attendre le bon moment (solde de début ou fin de saison). Et en matière de fixations, depuis 18 ans, il n’y en a qu’une (avec quelques déclinaisons), la Low tech.
Or le poids de la chaussure équivaut toujours à celui de l’ensemble ski-fixation. Y’ a comme un problême, non ?

Alors, venons en au fait, sur quelques modèles actuels essayés.

- Catégorie rando : Scarpa Laser (remplacée par Matrix) et Scarpa F1.
En descente, elles se valent pratiquement. La Laser est plus lourde d’un peu moins de 300 gr/paire (il faut compter pour la F1 les cales à monter sur le ski). A la montée, la Scarpa est plus agréable.
Mais si on retire la languette de la Laser (ce que je fais), l’écart de poids devient infime. Et la mobilité en montée devient alors meilleure que sur la F1. C’est la raison pour laquelle je suis resté sur la Laser…en attendant mieux.

- Catégorie course : Scarpa F1 race et Dynafit race. Les poids sont presque identiques. En perdant sa languette, la F1 devient preque parfaite en montée mais elle perd toutes ses qualités en descente (il suffit de regarder les compétitions, même des super-skieurs sont assis dès que les neiges deviennent difficiles). La Dynafit Race : elle a été sortie à l’arrache pour contrer (sans succès) la F1 race auprès des compétiteurs . On peut sans dommage retirer la languette, sans effet en descente pour un gain appréciable en montée. Mais le système des deux ergots n’est pas au point. Si on les laisse en place, alors la mobilité est réduite en montée, et si on les dévérouille, ça accroche inopinément.

Conclusion.

Les meilleurs chaussures actuelles ne sont pas dans les magasins mais au pied de compétiteurs qui les ont eux-mêmes fabriquées (en fibre de carbone). On ne peut que souhaiter que ces protos auront un prolongement industriel, pour une fois que la compétition pourrait avoir un effet bénéfique sur la pratique touristique. Jusqu’à présent elle n’ a servi à rien.
- Les skis utilisés par les randonneurs sont des modèles dérivés et allégés issus du "free-ride", plutôt que des "courses" élargis et alourdis.
- Les fixations Low Tech ont été inventées par un tyrolien génial (Fritz Barthel) qui en avait assez de trimballer des enclumes mais ne pratiquait pas les compétitions (d’ailleurs inexistantes en Autriche à cette époque). Les compétiteurs, puis d’autres, n’ont eu qu’à les adopter.

PS. Les réglements des compétitions "officielles" (heureusement ni les plus prestigieuses, ni les plus populaires) viennent de s’alourdir, dans tous les sens du terme, au cours de l’été 2006. En fixant un poids-plancher pour les chaussures à 1800 gr/paire (alors que les modèles carbone de certains compétiteurs passent sous les 1400 gr). Le règlement ne dit pas si la chaussure est pesée sèche au départ ou détrempée à l’arrivée, ne tient pas compte de la taille/poids/pointure du compétiteur… La mesure semble destinée avant tout à "protéger" les fabricants actuels (Scarpa, Dynafit) face aux produits artisanaux plus performants.


Messages et Commentaires ...
  • 9 novembre 2006 Alain CALMET - A l p C o n t r o l

    Bonjour,

    12 prototypes répartis sur 3 ans de mise au point, me pertmettent de partager à 1000% cet article :
    - sur la chaussure qui est le mouton noir.
    - sur le besoin de mobilité de la cheville à la montée qui permet d’utiliser les muscles du mollet, au lieu d’utiliser seulement les muscles de la cuisse (2 c’est mieux que 1)
    - sur la rigidité latérale qui n’a jamais posé le moindre problème dans aucun des 12 prototypes
    - sur la rifidité frontale qui est LE point important à soigner.
    - sur le besoin de progressivité que j’ai résolu en appuyant le tibia sur une pièce qui a la fonction d’une lame à ressort, et donc une progressivité parfaite du début de flexion jusqu’au déclenchement frontal.

    http://www.alpcontrol.com

    Ca fait plasir d’être en phase avec quelqu’un.
    Je suis prêt à vous présenter et à vous faire essayer mes prototypes.

    Amicalement.

  • 12 novembre 2006 VSH - Alpcontrol

    Bravo à Alain Calmet pour cette initiative. Je donne mon point de vue dans un article "Skier sans Chaussures" de la rubrique "Matériel".

  • 1er mars 2007 Christophe GAY - Et la XP 500 dans tout ça ?

    Salut Volo

    Je me permet de "relancer un peu la machine" comment ce place la XP 500 après quelques sorties ?
    Pour l’avoir essayer très (trop) succinctement je dirais (par rapport aux notes données dans le tableau et aux chaussures que je connais ; F1 allégée, Laser, TR12, Tech 3, SX82) :
    Montée : 10 au moins mais combien au dessus ?
    Descente : 10 sans probleme mais la chaussure est peu flexible (ce que j’ai fortement apprécier mais qui est probablement lier à mon passer de skieur de piste) particulièrement en latéralité.
    Conclusion : c’est pour moi actuellement le meilleur compromis montée/descente "disponible" sur le marcher y compris pour les non coureurs. Reste que pour être complet il faudrait aussi aborder des sujets tels que le prix et l’étanchéité. A suivre…

    Christophe

  • 1er mars 2007 VSH - test XP 500 à venir

    Salut Christophe, je n’ai pour le moment essayé qu’une xp 500 "en magasin" et trop grande pour mon pied. La chaussure à ma taille étant prête, je vais pouvoir l’essayer sur le terrain. Un compte -rendu probablement avant fin mars.

  • 19 janvier 2010 Vincent Vonlanthen - dynafit

    Bonjour,

    petite question :

    Quand dans votre test vous notez "dynafit tech race 4" qu’elle soit avec ou sans languette.

    A. S’agit-il de la dynafit tlt 4 race pro décrite sur skitour ?
    ou alors d’un autre modèle ?

    B. S’il s’agit bien de ce modèle, avez-vous retiré vous-mêmes la languette ?

    Vous avez bien raison, choisir sa chaussure de rando c’est pire que tout le reste...

    Merci pour votre réponse et bravo pour vos articles ! De "vieux" articles comme celui-ci sont encore très actuels je trouve !

  • 19 janvier 2010 VSH - la même

    bonjour. il s’agit bien du modèle présenté chez nos amis de skitour et j’avais moi-même enlevé la languette qui n’apportait RIEN en descente mais gênait en montée. j’avais mis à la place un peu de scotch pour assurer l’étanchéïté.


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