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Recit de l’avalanche de l’Eau d’Olle le 30 octobre 2003.

vendredi 31 octobre 2003 par SHAHSHAHANI Volodia

Nous étions un groupe de 3 rédacteurs du site, LTA (Lionel Tassan), SMA (Serge Maraval) et moi-même VSH (Volodia Shahshahani) partis le matin de Grenoble pour skier la combe nord des aiguillettes de Vaujany (2547 m, massif des Rousses), dans la vallée de l’eau d’Olle (voir sortie 657). Une avalanche s’est déclenchée vers 13h25, ce que nous appelons ci-dessous l’heure H.

H-15mn.

Vers 2250 m la qualité de la neige étant devenue malsaine au yeux de tous, nous decidons de nous échapper des grandes pentes nord de l’aiguillette par une traversée ascendante vers la droite devant aboutir juste à l’est du sommet de cote belle, sur l’arête la reliant à l’aiguillette. Pour étaler le risque nous progressons desormais un à la fois, toujours décalés horizontalement, les deux autres s’efforçant de se tenir dans une zone plus "sûre". Cette traversée doit se faire en deux fois, un coup à gauche puis un coup à droite.

H-7mn.

Regroupement à l’intermédiaire. Lionel part rejoindre l’arête. La visibilité devient médiocre mais les distances étant courtes, comme convenu, il donne de la voix le top pour le départ de Serge. Celui-ci est au milieu de la traversée, donc tout près de l’arête où se trouve Lionel.

H.

Lionel entend un craquement et voit un ébranlement parti de la gauche et de plus haut que lui, il hurle "barrez-vous". La visibilté est si mauvaise que je ne peux voir l’avalanche et donc décider dans quelle direction partir ; je plante mes batons quand le nuage blanc me recouvre et finit par m’entraîner. Ce n’est pas trop violent, je surfe en surface et m’arête, puis une deuxième vague (probalement une seconde plaque partie sous la bossette où je m’étais mis "à l’abri") me repousse dans la pente ; violente au début, elle se calme et après un début d’ensevelissement, ça s’arrête, j’ai la moitié du corps dehors et me relève rapidement. J’aperçois Lionel sur l’arête et nous pouvons nous parler. Nous ne voyons pas Serge, mais la trace de l’avalanche (la visibilité est un peu meilleure vers l’aval que vers l’amont).

H+2mn.

Je demande à Lionel d’appler les secours puis aussitôt fait d’éteindre son protable. J’éteins le mien et nous passons nos deux arvas en recherche. Je commence à zizaguer l’avalanche. Quand Lionel me rejoint nous decidons une descente croisée de l’avalanche. Au tiers du parcours nous changeons de tactique. Comme il est quasi certain que Serge ne doit pas se trouver dans le raide (30° environ) mais au minimum au premier replat, je continuerai par acquis de conscience à rechercher un premier signal par une descente lente dans l’avalanche, pendant que Lionel va chercher ce signal dans la zone présumée d’ensevelissement.

H+7mn.

Lionel trouve le signal, je le rejoins.

H+10mn.

L’arva analogique de Lionel (orthovox F1) trouve son maxi et le maxi de mon numérique (barryvox) confirme. Nous cherchons encore pendant une minute un signal plus fort ; il ne vient pas ; nous nous regardons "il est quelque part sous nos pieds". Je sors la sonde en cerclant autour du point max. Partout elle s’enfonce en entier, c’est à dire de 2m50, en touchant du dur (la terre ou la glace ?), puis sur un point et un seul elle s’arrête à 160cm. La sensation est très dure " j’espere que c’est pas un caillou" dis-je à Lionel. Il faut prendre une décision. Après une brève hésitation, nous acceptons le triple verdict des deux arvas et de la sonde. Celle-ci reste plantée et comme c’est profond nous commençons le terrassement d’un cratère de 3m de diamètre.

H+22mn.

Sous la pelle apparait un bout d’étoffe grise. Je tapote l’étoffe : "c’est le bonnet, c’est la tête" Nous la dégageons. Serge émet un râle, on voit même un clignement de cils, mais il est toujours inconscient. Il n’a pas du être noyé, son nez et sa bouche n’ont pas été encombrés grâce à sa paire de lunettes qui a glissé et lui a fourni une protection parfaite des voies aériennes. Par expérience je sais qu’il faut continuer de le dégager. Les copains qui m’avaient sauvé au col des Marches en 1990 (Didier Paulmier et Bernard Poulain) étaient formels "t’as repris connaissance dès qu’on t’a libéré le thorax". Et c’est mot pour mot ce qui se produit sous nos yeux avec Serge.

H+28mn.

La conversation s’engage. Après le vital, rapide inspection du chassis : on le pince, il nous sent. Il n’a pas mal, mais se plaint d’avoir froid (tiens don !).

H+35mn.

Nous poursuivons le dégagement des skis et en libérons les membres inférieurs, j’en profite même pour faire deux clichés. Serge debout, je le frotte pendant que Lionel rassemble les affaires. Me souvenant à nouveau de mon propre sauvetage je sais qu’un bon skieur, même groggy, peut se déplacer sur ce genre de terrain. De toutes façons ça le réchauffera.

H+45mn.

Exactement au moment où tout le monde est chaussé nous sommes survolés par deux hélicos : l’un s’éloigne, l’autre revient au-dessus (le PGHM de Savoie avait joint ses efforts à ceux du PGHM de l’Isère, les deux groupes faisant preuve d’une rapidité de réaction remarquable). Nous tendons le bras vers l’aval pour faire savoir que nous rejoignons une petite cuvette, plus plate et probablement un peu mieux abritée de nouvelles avalanches. Je fais le mono devant en chasse-neige, Lio suit avec le sac de Serge. Le commandant Pierre Durand prend Serge, le harnache et le voilà dans les airs. L’helico dépose Serge au Rivier d’Allemont où a été déposé le medecin urgentiste.

H+60mn.

L’hélico revient chercher Pierre : nous l’assurons que nous pouvons descendre la suite en sécurité et convenons de le rappler dès notre retour en vallée.



la combe nord des aqiguillettes de Vaujany le 30 octobre 2003 ©volopress/vsh



le thorax libéré, Serge vient de reprendre connaissance le 30 octobre 2003 ©volopress/vsh



la sonde replacée après le sauvetage ; la tête se trouvait au pied de la sonde (bas du segment bleu inférieur) et la surface neige est au sommet du segment jaune supérieur, soit 4 fois 40 cm le 30 octobre 2003 ©volopress/vsh


la précision en minutes peut apparaitre trop précise : nous n’avons évidemment pas regardé la montre pendant TOUTES les opérations, mais cependant assez souvent, convaincus que le temps est le facteur décisif dans ce genre d’opérations. A quelques unités près, on doit cependant être dans le vrai. Serge sera donc resté enseveli et inconscient pendant environ une demi-heure.

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