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Charbonnel : la dernière pente de Mario Monaco

mardi 13 mai 2014 par CARDONATTI Enzo

Dimanche 4 mai, notre ami Mario Monaco a été retrouvé sans vie au pied de la paroi ouest de la pointe du Charbonnel. Pour la gendarmerie, Mario a été victime d’une petite plaque qui l’a précipité au bas de la paroi lors de son ascension. Comme d’autres fois il était parti seul pour cette boucle d’exploration et depuis toujours il était attiré par cette paroi descendue pour la première fois par Ugo Pognante en 1985.

Mario Monaco était un des plus forts et des plus actifs skieurs italiens. Né en 1962 à Valloirate petit village du Val Stura (Cuneo) il compte à son actif un nombre considérable de premières descentes dans les Alpes Maritimes et Cottiennes, toutes de haut niveau et empreintes d’intuition.Il suffit de rappeler la face ouest de l’Argentera, skiée depuis le sommet avec un seul petit rappel, pour rejoindre le couloir Gunther. Autant de chefs d’Å“uvre comme le couloir Sandra au Monte Matto , le couloir est et le couloir sud-est du Viso en partant du sommet.

L’an dernier il répéta deux fois la face ouest du Viso. 11 fois d’affilé, chaque mois de cette même année il skia le couloir de Lourousa ; il ne lui manqua que septembre. Même loin de ses vallées Mario avait réalisé de nombreuses descentes de grand engagement dans les Ecrins (Coup de Sabre, sans Nom...) le Mont-Blanc (face ouest, couloir Saudan...) le Mont-Rose ( couloir Marinelli après ascension intégrale)...

Mario fut aussi le premier italien à skier intégralement le Cho Oyu sans utiliser de porteurs, en partant directement du camp 2. L’année précédente il avait dépassé les 8000 mètres au Manaslu ne faisant demi tour qu’en raison de sérieuses gelures aux pieds. Il avait également skié au Pérou dans la Cordillère Blanche.

Alpiniste entreprenant, il affectionnait les courses d’envergure, comme l’arête de Peuterey, l’arête est du Weisshorn ou celle du Jardin à la Verte pour citer quelques exemples de sa belle liste de courses. Homme sensible et de grande culture il faisait preuve d’une incroyable modestie au regard de sa connaissance exceptionnelle de la montagne. Il contribua par ses écrits et ses récits de courses à la publication des ouvrages " Ripido " puis " Ripido 2 " mais aussi " Voglia di Ripido 1 et 2 ".

Sa disparition nous laisse un vide affectif et culturel immense. Nous n’oublierons pas ce sens de la modestie qu’il nous a transmis et la sérénité qui émanait de lui.
Cohérent dans ses choix de vie, à l’écart de l’agitation médiatique et des réseaux sociaux, Mario était par excellence un anti-héros. Curieux, attentif à la nature, toujours disponible, il aimait le ski, la contemplation des paysages. En dépit de sa virtuosité il restait étranger à toute forme de compétition tant avec les autres qu’avec la nature.

Mario Monaco nous manquera beaucoup. Comment oublier ses très longs coups de téléphone, sa méticuleuse précision, sa manière imprévisible d’organiser sa vie, de vivre le ski et la montagne, la richesse de ses relations sur Gulliver.it qu’il concluait le plus souvent par cette phrase en français "...du bon, du grand ski, je vous en dit pas, dit pas…" Il aimait beaucoup la France où s’est achevée sa dernière descente.
Au revoir Mario.


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