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Matériel

Skier sans chaussures

dimanche 12 novembre 2006 par SHAHSHAHANI Volodia

En réponse au message d’Alain Calmet et la promotion de sa nouvelle fixation "Alpcontrol", je fais part ici de mes expériences avec un autre type de liaison de la jambe au ski que celui que nous connaissons.

- Je ne traite pas des différentes sortes de prothèses (Lacadur, Galibier, Bataille) apparues dans les septantes, époque à laquelle la chaussure commençait à migrer du cuir vers le plastique.

- J’ai pu expérimenter deux systèmes de ski sans chaussures. Dans les deux cas le guidage du ski est assuré directement depuis le genou. Il s’agit de la Nava au milieu des octantes et la Barrat au milieu des nonantes. La Nava avait tous les moyens industriels, financiers et promotionnels pour passer mais techniquement elle n’était pas aboutie. Pour la Barrat (je l’appelle du nom de son concepteur et principal utilisateur), c’est l’inverse : le concept est au point mais il n’y avait pas les moyens financiers.

LA NAVA

J’ai skié la Nava notamment au cours des sept étapes du premier Raid Blanc (1986) car elle était obligatoire. Luigi Nava, un des leaders mondiaux du casque de moto pensait avec cette dernière dépense (trois millions de francs, considérable pour l’époque) passer définitivement sur le marché. Des skieurs de coupe du monde (notamment Pierro Gros) avaient testé longuement le produit et estimaient pouvoir l’utiliser en compétition si elle était autorisée.

La Nava avait trois points forts :

- sensation d’être collé à la neige

- rapidité du changement de carre

- retenue impeccable vers l’arrière

Finalement le produit n’est pas passé, car il y avait encore trop de faiblesses :

- Le prix d’ensemble botte-fixation
- La botte, aussi lourde qu’une chaussure de ski et aussi encombrante
- Pas de position montée (j’ai croisé lors du Raid Blanc 89 des skieurs italiens qui en avaient bricolé une mais le résultat compliquait encore l’ensemble)
- Un appui avant NUL et c’est à mon avis ce dernier facteur (essentiel) qui condamnait la Nava. Elle s’avérait donc inadaptée à la fois à la rando et au ski de piste.

LA BARRAT

Bernard Barrat s’est fabriqué une fixation pour son usage personnel et skie donc "sans chaussures" depuis maintenant trente ans. J’ai essayé sa fixation en station et en rando.

EN STATION j’ai pu m’employer à fond aussi bien en neige de piste dure qu’en grosse profonde. J’ai fait cet essai en baskets sans aucune gêne (c’eut été la même chose avec des tongues). Sur des terrains dégagés, à grande vitesse et malgré un léger soulevèment du talon, dès les premiers essais j’ai trouvé le principe de liaison directe genou-ski infiniment plus efficace que la liaison traditionnelle qui passe par la chaussure, y compris une chaussure rigide de piste.

- Les appuis avant et arrière sont parfaits, économisant une grande fatigue. Le ski de descente perd sa composante musculaire pour ne plus devenir qu’un sport de pilotage comme le velo, la moto ou l’auto (d’où mon intérêt persistant pour ce type d’innovation, un intérêt qui devrait aller croissant au fil des ans…)

- Le dispositif d’appui frontal est placé sur la partie avant du ski, donc bien plus avancé qu’une chaussure (dans le meilleur des cas au centre du ski). Il en résulte qu’en position de forte avancée, il est possible de plaquer le ski sur la neige. Ayant fait cet essai avec un ski light, il m’a nettement semblé que cette faculté compensait le manque d’inertie inhérant à ce type de ski (ces sensations devraient néanmoins être recoupées voire quantifiées par d’autres utilisateurs).

- L’appui arrière, (obtenu sur la Barrat SANS FICELLE) est tout aussi confortable que vers l’avant. Il en résulte la possibilité de déformer le ski (traversée de creux, goulottes etc) ou d’éviter très efficacement l’enfournement.

EN RANDO, j’ai fait l’essai avec une petite chaussure montante en cuir. Pas de gros problême à la montée. En descente, sur terrains large et bonne vitesse pas de problême non plus. En revanche en terrain accidenté à vitesse faible, l’adaptation n’est pas immédiate (alors que pour Bernard Barrat, il n’y a pas de problême). Il m’a semblé que le systeme était TROP performant, qu’il lui manquait un peu de cette rusticité induite par le matériel imparfait auquel on finit par s’habituer (un peu de jeu entre le haut de la chaussure et le genou, y compris en torsion). Pour des skieurs déjà formés au ski traditionnel avec chaussures, il m’a donc semblé qu’il fallait un certain temps d’adaptation, de l’ordre d’une saison avais-je alors estimé, avant de pouvoir tirer profit sur tous les types de terrain de cette nouvelle fixation. Mais ce ne serait pas le problême pour d’authentiques débutants dont l’apprentissage serait sans doute accéléré.

- Passages montée-descente et descente-montée. Le dispositif de descente restant sur le ski, ils sont assez rapides, mais moins qu’avec une low tech et une chaussure de compétition.

- Sécurité. La Barrat protège un peu de la chute avant, sans toutefois déclencher. Disons que dans le cas extrème où les skis passent sous une souche ou une clôture on peut espérer éviter l’arrachement total des membres inférieurs. Sur le plan latéral BB a bricolé quelque chose mais le problême reste entier. Il faut donc considérer cette fixation comme une fixation de montagne (un terrain où la chute est en principe interdite).

Après ces essais, j’avais estimé que pour sortir un modèle public fiabilisé, il faudrait d’abord sortir une pré-série d’une dizaine d’unités avec des matériaux de qualité et les tester pendant une saison par des skieurs confirmés et quelques débutants à qui on proposerait aussi un apprentissage sur la panoplie traditionnelle (ski plus chaussure).

QUEL USAGE, QUEL AVENIR ?

Et d’abord les questions de poids. L’ensemble de Bernard Barrat testé est de 900 grammes la paire, soit 200 grammes de plus qu’une low tech auxquels il faut juste ajouter une chaussure. Mais laquelle ? Comme je l’ai dit plus haut, ce choix n’a aucune incidence sur le comportement en descente : pour un usage en terrain facile (par exemple ski d’été sur névé ou firn-ski comme disent les Autrichiens) des sandales font l’affaire. Mais le plus souvent en montagne on doit se protéger du froid, des chocs, marcher un peu en terrain instable, cramponner…et surtout prendre de la carre en montée à peaux de phoque. Pour toutes ces fonctions le minimum requis est la chaussure de montagne semi-rigide (voire la chaussure de cascade rigide), aujourd’hui commercialisée par toutes les marques avec des poids de 1200 à 1400 grammes la paire.

1400 grammes ? Tiens c’est justement le poids annoncé par Pierre Gignoux pour ses chaussures en carbone. Et il est un peu plus léger sur les fixations (Low Tech modifiée = 450 grammes). Mais les fabricants de chaussures d’été pourraient s’alléger avec des matériaux haut de gamme ? Sans doute un peu. Il doit cependant y avoir des limites, sachant qu’une chaussure de skating dépasse déjà le kilo.

Conclusion : en termes de poids les deux systèmes sont donc assez proches, mais en terme de prix, la Barrat l’emporterait haut la main. Techniquement aussi puisqu’on aurait aux pieds une chaussure permettant non seulement le ski-alpinisme mais aussi l’ ALPINISME AVEC SKIS. Nuance : l’ensemble low-tech + Gignoux-carbonne est déjà reproductible, le Barrat pas encore.

Pour des raisons évidentes de confidentialité, je ne publie pas de photo et je ne décris pas plus précisément la fixation de Bernard Barrat, ce dernier n’ayant pas exclu de la promouvoir un jour et déposer à nouveau ses brevets. A ce propos, il convient d’ajouter que ni Alain Calmet ni Bernard Barrat n’ont totalement innové. Des brevets ont déjà été déposés dans les soixante et septante par des Allemands et des Suisses (sur des protos avec ficelle). Quoiqu’il en soit Alain Calmet est semble-t-il le premier à se lancer sur le marché. Respect.

ALPCONTROL.

Je me suis contenté ici de faire un compte-rendu sur des matériels que j’ai essayés. Par ailleurs n’ayant pas la fibre mecano, je me contenterai seulement de quelques remarques quant au modèle présenté sur Alpcontrol.com.

- 1. Si la rigidité de l’appui frontal semble bonne, on peut regretter que le système adopté n’assure pas l’appui arrière et qu’il faille recourir à la ficelle. La retenue dans cette direction ne parait donc ni progressive ni contrôlable.

- 2. La mise en place. Il semble qu’il faille transporter la plaque à la montée ce qui est préjudiciable au temps de manip et au confort d’utilisation.

- 3. Le plus grave, les deux tonnes de cette horrible plaque Silvretta. Le petit gain de poids obtenu par la chaussure est complètement bouffé. Mais cet ajout semble présent pour combler aussi d’autres lacunes de l’Alpcontrol, notamment le guidage latéral de la chaussure (en phase de descente), l’absence d’un étrier original à l’avant (pour la montée). Accessoirement, la Silvretta apporte la sécurité des déclenchements. On objectera facilement qu’il suffirait de remplacer la Silvretta par une ULM-Skalp (1000 gr sans sécurité), une EVO-NicImpex (1200 gr) ou une Low Tech (700 gr). Même dans ce dernier cas le poids total restera important.

CONCLUSION (provisoire)

L’Alpcontrol résoud le problême de l’appui frontal avec une chaussure souple et sans doute aussi la rigidté latérale. C’est une évolution importante. Mais le modèle présenté ne s’affranchit pas totalement de la chaussure comme le proto Barrat que j’ai essayé. Pour cette raison (et aussi le poids, les manips…), je ne l’adopterai pas dans son état actuel. Mais ce n’est qu’un avis personnel : l’Apcontrol pourrait déjà trouver des adeptes pour certains usages.


Messages et Commentaires ...
  • 15 novembre 2006 Alain CALMET - A l p C o n t r o l

    C’est vrai que je ne suis pas le premier à penser que les chaussures PEUVENT et DOIVENT absolument s’améliorer, ceci dit par rapport aux brevets de Adolphe SCHIESS (Suisse, 1936), Dieter REUSING (Allemagne, 1971) et de Lionel J. BURT (USA, Californie, 1982) de très nombreuses caractéristiques de AlpControl (et de 2 variantes) ont été validées comme innovantes.

    Je pense que la conclusion (provisoire) concernera surtout les compétiteurs de pointe.

    Les autres n’ont absolument aucune envie de se retrouver en baskets sur un glacier, et en général ils sont prêts à perdre 20 secondes de montage pour le plaisir de s’éclater dans une descente de poudre.

    Quand au poids, le gain est déjà considérable à performance équivalente, et il le sera encore plus dès que les premières chaussures d’alpinisme LowTec apparaîtront.

    Je suis donc sà»r que nos points de vue vont converger très rapidement. Amicalement.

  • 20 décembre 2008 manu Ibarra - Chaussure alpi LowTech

    Les chaussures d’alpinisme possédant un insert low-Tech me semblent compliquées voire impossible à produire. Je m’explique :
    Lors de mon passage au BE de Grivel, j’ai travaillé avec le BE d’un grand fabricant de chaussure ski/montagne pour la création d’une semelle de montagne offrant un système de fixation innovant pour les crampons à glace.
    Nous avions abandonné toutes idées de développer un système se basant sur deux surfaces de contacts à l’avant du pied ; comme c’est le cas sur les inserts Low-Tech. Les forme avant des chaussures d’alpi variant énormément suivant le type de chaussure( expé, typée été, typé glace ou rocher…) et sa taille.
    Car l’insert Low-Tech impose non seulement un écart constant entre les deux points mais aussi une hauteur de semelle sous les points et une distance fixe entre la ligne reliant les deux points et le point avant de la semelle.
    Toutes ses contraintes sont contradictoires avec une semelle d’alpinisme. Ce qui n’est pas le cas avec une chaussure de ski dont le " sabot " avant et normé ; le même quel que soit le type et la taille de la chaussure.
    C’est suite à ce constat que le système (mono point de fixation ) des crampons nommés GSB a était développé, système qui pourrait avoir une version fixation ski/raquette.
    Voili, voilou !


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