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Neige

2007, bien loin de 2001

vendredi 2 mars 2007 par TASSAN Lionel

Avec ce temps doux et perturbé qui semble se prolonger, peut-être que de nombreux passionnés, faute d’avoir profité de la situation de 2001, se demandent si on pourrait retrouver une situation similaire à cette année record. Si tous les espoirs sont permis, on en reste pour l’instant bien loin.

Juillet 2001. L’enneigement de nos massifs alpins est supérieur à celui d’une année normale à la fin mai. Les limites skiables sont également exceptionnelles. Pourtant, très peu sont ceux qui en profitent. Les raisons sont multiples.
- ski rîme pour beaucoup avec "hiver". En été, on a moins la motivation
- skieur de montagne rîme aussi avec grimpeur. En été on change d’activité.
- l’information n’est sans doute pas bien passée. C’est à mon avis la raison principale car internet n’en était qu’à ses balbutiements et beaucoup n’ont pas su que c’était une année (très) hors normes. Deux exemple vécus l’illustrent très bien :
- 23 juillet 2001. Je redescends de la face nord du mont-Blanc et croise un guide chamoniard, interloqué, au plan de l’Aiguille. Je lui raconte les conditions (50 de poudre dans la face, aucune crevasse problématique y compris à la jonction, 200 m de portage seulement, bref des conditions d’un mois de mai). "On n’y pensait pas" me dira-t-il en guise de conclusion.
- 10 août 2001. Parti de Mme Carle, je skie la Roche Faurio et, au pied de la face, je croise deux alpinistes qui descendent du dôme des Ecrins, très surpris de me voir. J’enchaîne en montant au Dôme puis redescend, réussissant à skier à 2300 m, à 5 minutes de la passerelle sur le glacier Blanc (comme c’est le cas en mai normalement). Un peu de portage et j’arrive à la voiture où je retrouve mes deux alpinistes qui arrivent eux-aussi. Ils regrettent alors de ne pas avoir pris de skis (gain de temps à la descente : 3h).

Alors pour ceux qui attendent de nouveau une fin de saison exceptionnelle, pour les plus jeunes aussi qui ont eu le malheur de débuter ou de confirmer leur passion en passant à la vitesse supérieure en 2002, je suis allé fouiller dans mes notes. Ce ne sont pas des données précises comme celles de Météo France mais cela va donner un aperçu de ce qu’il faut pour prolonger le ski en été. Voici donc quelques chiffres (cumuls de neige à 2500 m d’altitude sur les Ecrins. Ce sont des cumuls moyens, intermédiaires entre ceux de l’embrunais et ceux -monstrueux- du Pelvoux) :
- La sous-couche : fin octobre 2000, le cumul à 2500 approche déjà le mètre et demi
- Le manteau de l’hiver se forme en novembre 2000 : les courants de sud se succèdent et alternent avec qq jours de beau. On tourne autour des 5m de neige vers 2500 m.
- La troisième grosse couverture arrive à Noël et tout le mois de janvier : le cumul est estimé entre 8 et 9 mètres
- La mousson : après un mois de février plutôt doux et beau, les perturbations revient en fin de mois et tout le mois de mars. Le cumul est de plus en plus difficile à estimer. Ca tourne autour des 15 mètres.
- Le couvre chef se produit au printemps qui est assez sec mais avec de bons coups de mauvais en avril et en mai, de manière régulière et sans canicule intermédiaire. On doit tourner autour des 20m de neige en moyenne vers 2500 m.

C’est au mois de juin que la situation redevient normale avec un peu de chaleur (sans excès) et du sec. L’été sera sec et plutôt normal si mes souvenirs sont bons. A titre de comparaison, les cumuls à cette altitude ont été plus que doublés par rapport à l’hiver 2003 déjà supérieur à la normale. Sans compter que l’hiver 2001 fut doux et que la pluie est régulièrement présente jusque vers 3000 m ! Ainsi, un garde du parc des Ecrins ne m’a-t-il pas parlé d’un cumul de précipitations en haut du bassin du glacier Blanc de l’ordre d’une quarantaine de mètres entre août 2000 et juillet 2001 ?

Pour finir quelques observations, celles-ci plus précises que ces évaluations chiffrées :
- 1 juillet 2001 : on skie en-dessous de 2000 m dans tous les hauts vallons des Ecrins
- 15 août 2001 : pour aller grimper à la Poire d’Ailefroide, on ne fait pas la grande marche d’pproche depuis le village mais on se gare juste en face des voies et on traverse sur le névé toujours présent à 1600 m d’altitude, résidu des avalanches descendant du Pelvoux.
- 1 septembre 2001 : la corniche de neige au sommet de la tête de l’Hivernet (2800 m dans l’embrunais) qui, une année normale n’existe plus au début de l’été, est toujours nettement visible à l’œil nu depuis la Durance.
- 15 septembre 2001 : on skie à 2500 m dans la plupart des longs vallons des Ecrins, très souvent en continu depuis les hauts sommets.

Je m’arrête là. Il faut donc relativiser ; le seul mois de mars 2007 même entièrement mauvais ne suffirait pas à combler le déficit d’avec 2001. Reste que les 250 cm tombés sur l’ouest des Savoie vers 2500 m d’altitude en une semaine est un début prometteur. On peut rêver.


Messages et Commentaires ...
  • 3 mars 2007 Mickaël Souveton - bon cru

    C’est sûr que ça fait réver tous ces chiffres ! Ayant commencés en 2003, on se prennait à rêver à un cru exceptionnel en altitude à la manière de 2001 mais on est bien loin du compte en effet.
    Ceci dit (si ce que l’on a pu me dire est vrai car je n’étais pas là pour vérifier :) 1978 avait été un très bon cru alors que tout le début de l’hiver avait été très sec...on peut encore garder l’espoir !

  • 3 mars 2007 david zijp - rever

    Tu aurais pu nous laisser rêver un peu plus bigre....!

  • 3 mars 2007 VSH - 78 grand cru

    - 1978 a été une très bonne saison en tout cas dans les alpes du nord, hiver et printemps jusqu’au début de l’été.

    - La neige est arrivée tard mais rien à voir avec cette année. Le Vercors était sec jusqu’au 15 janvier, puis c’est tombé sans discontinuer pendant quinze jours. Poudre froide, très légère : il fallait skier avec un masque. Ensuite fin février un redoux marqué avec pluie à 2700 pendant plusieurs jours. => Grosses avalanches permettant de skier tard. La suite de la saison est restée froide et humide.

  • 4 mars 2007 JJB - et l’hiver 70 !! et 69 !!

    hiver 1970
    ( l’année de l’avalanche de val d’isère entre autre )
    neige quasi ininterrompue du 15 février à début mai, des quantités impressionnantes, puis un grand beau permanent jusqu’à fin juin ...mijuin, descente à skis de l’aiguille d’Argentières du sommet jusqu’à qqs hectomètres ( en distance ) d’Argentières
    Printemps 1969 dans les Alpes du Sud : traversée Tende Larche entre le 5 et 12 mai, descente à skis versan italien jusqu’à moins de 1000 m !! Dans le vallon de la Lombarde, les avalanches superposées des 2 versants, 15 à 20 m d’épaisseur sur plusieurs kilomètres ....

  • 4 mars 2007 LTA - énorme 70 effectivement

    Je n’étais pas né en 1970 mais mes parents se souviennent d’un gros paquet de neige dans les plaines iséroises. Après analyse des chiffres de Météo france, le cumul de neige au col de Porte à 1320 m fut de 18 mètres ce qui semble le record sur les 40 dernières années, 78 arrivant pas loin derrière. Ces deux années-là, la nivose du col de Porte n’est passée à zéro que pendant la première quinzaine de juin !

  • 5 mars 2007 SPO - et l’hiver 51 !!

    et l’hiver 1951 !! Des murs de 14m au Lautaret, et sur le Valgaudemar, des avalanches exceptionnelles jusque dans les jardins de St Jacques en Valgaudemar. Souvenirs d’anciens ponctués d’un brin de nostalgie..

  • 6 mars 2007 HFO - 1978 et 2001

    Des souvenirs de ces deux années :
    - février 1978, j’ai 11 ans, j’arrive à la tombée de la nuit en famille à notre caravane au Planolet en Chartreuse, la route a été difficile. Le caravaneige et un champ de neige d’où émergent quelques protubérences à peine marquées. Mes parents comptent les bosses, on sort la pelle, on creuse. Deux heures plus tard on atteint la porte. A côté des lyonnais qui creusent aussi depuis 2h parviennent à la porte de leur caravane, c’est pas la bonne (trompé de bosse), ils décident de rentrer à Lyon...
    Novembre 2001 en Haute Ubaye, le froid n’a pas encore saisi les torrents et rivières, la limite pluie neige s’est souvent tenue vers 2000m. Résultat vers 2500m : entre 1m50 et 2m de neige mais chaque ruisseau est marqué par un fossé qui oblige à déchausser pour sa traversée ; comme si la neige était arrivée avant l’hiver.

  • 6 mars 2007 LTA - et ça creuse

    24/04/2001. Avec SMA, nous remontons la face nord de la Petite Autane. Pas pressés, nous faisons une pause vers 2400 m. Je lance une idée : si on creusait pour voir la hauteur de neige ?
    Après gros travail à la pelle + sonde, nous arrivons à 4m80 sur une croûte glacée (non non ce n’est pas le sol). Après étude de la coupe ainsi réalisée et des conditions de cet hiver, il s’agit de la croûte de pluie du 5 janvier. En-dessous, il y avait le tassement des gros coups de fin décembre et de novembre...

  • 7 mars 2007 emmanuel combeaux - C’était avant !!

    1970 ou 71 ! Ski à Orcière-Merlette début mai. Les remontées tournent encore et le domaine skiable est entièrement en moquette. On skie partout jusqu’à la station !
    3 juillet 78. Roche Faurio et le Dôme à la journée et en skis. Déchaussage vers 2000...!
    Hiver 81. 70cms de neige à Grenoble en 48H !
    15 Janvier et 15 Février 89. Cîme du Vallon en parapente et Jocelme à pied.Pas de neige et deux mois d’anticyclone sec... Mais l’hiver s’est vengé au printemps....!


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